Ouverture internationale : comment engager son établissement

Guide pratique à destination des chefs d’établissement

 

L’ouverture internationale d’un établissement ne commence pas nécessairement par un voyage à l’étranger. Elle peut naître d’un échange entre deux classes, d’un partenariat avec une école étrangère, de l’accueil d’un jeune venu d’un autre pays, d’une mobilité Erasmus+, d’un projet Planet Fraternity ou encore d’une expérience professionnelle vécue à l’étranger par un enseignant ou un cadre.

Pour un chef d’établissement, la question est surtout de savoir comment donner de la cohérence à ces initiatives et les inscrire dans le projet de l’établissement.

L’enjeu est d’abord éducatif. Pour nos jeunes, l’international permet de sortir de leur environnement habituel, de rencontrer d’autres cultures, de pratiquer les langues autrement, de gagner en autonomie, de travailler avec des jeunes de leur âge et de mieux comprendre le monde dans lequel ils auront à vivre et à agir.

L’ouverture internationale concerne aussi les adultes. Une équipe qui rencontre d’autres pratiques éducatives, observe un établissement étranger ou construit un projet avec des partenaires européens ou internationaux revient rarement tout à fait comme elle est partie.

Quatre leviers complémentaires

Le Label Ouverture Internationale structure la démarche de l’établissement ; Erasmus+ apporte un cadre et des financements pour les mobilités ; l’OIEC ouvre sur le réseau mondial de l’enseignement catholique ; Planet Fraternity et Little Planet Fraternity permettent de faire travailler des classes de plusieurs pays ensemble sans déplacement.

1. Pourquoi développer l’ouverture internationale ?

L’international ne doit pas être considéré comme une activité supplémentaire réservée aux professeurs de langues. Il peut contribuer directement aux priorités éducatives de l’établissement.

  • développer l’autonomie et la confiance des jeunes ;
  • donner davantage de sens à l’apprentissage des langues ;
  • travailler la rencontre et le dialogue interculturel ;
  • ouvrir les élèves à d’autres systèmes éducatifs et à d’autres façons de vivre ;
  • développer la citoyenneté européenne et internationale ;
  • favoriser la coopération et le travail en équipe ;
  • préparer les jeunes à leurs études et à leur future vie professionnelle ;
  • permettre à des élèves qui voyagent peu ou pas de vivre eux aussi une expérience d’ouverture ;
  • enrichir les pratiques professionnelles des enseignants et des personnels.

Un point mérite une attention particulière : l’ouverture internationale ne doit pas devenir une proposition réservée aux jeunes qui disposent déjà de nombreuses possibilités. Elle gagne au contraire à être pensée pour élargir l’horizon de tous.

2. Par où commencer ?

Avant de demander un label ou de monter un dossier Erasmus+, mieux vaut regarder ce qui existe déjà. Dans beaucoup d’établissements, l’ouverture internationale est plus développée qu’on ne le pense.

  • Quels voyages et échanges existent déjà ?
  • Avons-nous des établissements partenaires ?
  • Accueillons-nous des élèves étrangers ?
  • Des élèves réalisent-ils des stages ou des périodes de formation à l’étranger ?
  • Des enseignants ou des personnels ont-ils déjà effectué une mobilité ?
  • Quelles certifications linguistiques proposons-nous ?
  • Avons-nous déjà participé à un projet européen ou international ?
  • Certaines classes travaillent-elles avec des classes étrangères à distance ?
  • Avons-nous des contacts dans les réseaux de l’Enseignement catholique à l’étranger ?
  • Qui porte aujourd’hui ces projets ?

À partir de cet état des lieux, il suffit souvent de retenir deux ou trois priorités pour les trois prochaines années. Il est également utile d’identifier un référent ouverture internationale ou une petite équipe. Les projets sont fragiles lorsqu’ils reposent uniquement sur l’investissement d’une seule personne.

3. Le Label Ouverture Internationale de l’Enseignement catholique

Le Label Ouverture Internationale est propre à l’Enseignement catholique. Il permet de faire reconnaître la démarche internationale d’un établissement, mais surtout de la structurer et de l’inscrire dans la durée.

Niveau 1 : entrer dans la démarche

Le premier niveau permet de poser un diagnostic et de formaliser ce qui existe déjà. Pour un établissement qui organise des voyages, dispose de quelques partenaires et conduit différents projets sans avoir encore une véritable politique internationale, c’est souvent le bon point de départ.

Niveau 2 : installer une politique internationale

Au niveau 2, l’ouverture internationale est davantage intégrée au projet de l’établissement. Les actions sont coordonnées, plusieurs membres de la communauté éducative sont impliqués et les projets s’inscrivent dans la durée.

Niveau 3 : faire reconnaître une expertise

Le troisième niveau concerne les établissements ayant développé une expertise particulière dans un ou plusieurs domaines : mobilité des élèves, mobilité des adultes, Erasmus+, accueil de jeunes étrangers, langues, certifications ou autres champs prévus par le Label.

4. Comment entrer dans la démarche du Label ?

La procédure est relativement simple, mais elle mérite d’être préparée.

  1. Prendre connaissance du cahier des charges : Consulter les critères du Label et le calendrier annuel afin de situer l’établissement.
  2. Prendre contact avec le réseau territorial : Se rapprocher de la Direction diocésaine ou du référent Ouverture Internationale de son territoire.
  3. Créer son espace sur la plateforme : Ouvrir le dossier de l’établissement sur la plateforme nationale dédiée.
  4. Préparer les éléments du dossier : Projet d’établissement, actions déjà conduites, partenariats, mobilités d’élèves et de personnels, actions linguistiques, accueil et perspectives.
  5. Suivre le calendrier annuel : Les campagnes et échéances évoluent ; il faut vérifier les dates de la campagne en cours avant tout dépôt.

Présentation et ressources : enseignement-catholique.fr/label-ouverture-internationale

Plateforme de candidature : label-ouverture-internationale.enseignement-catholique.fr

5. Le Label : aussi un outil de visibilité

Les établissements ayant obtenu le niveau 2 reçoivent une plaque destinée à être affichée dans l’établissement. Elle peut naturellement trouver sa place à l’entrée ou dans le hall.

Lors des portes ouvertes, des rendez-vous avec les familles ou de l’accueil de partenaires, cette plaque montre immédiatement que l’ouverture internationale fait partie du projet de l’établissement. Elle constitue aussi un élément d’attractivité, à condition bien sûr qu’elle corresponde à des actions réellement vécues par les élèves et les équipes.

  • valoriser le Label sur le site internet de l’établissement ;
  • le présenter lors des portes ouvertes ;
  • l’intégrer aux supports de présentation ;
  • mettre en valeur les projets internationaux et les témoignages d’élèves.

6. Erasmus+ : permettre aux jeunes de vivre l’Europe

Erasmus+ n’est pas un label. C’est un programme européen qui permet notamment de financer des mobilités et des coopérations. Les établissements scolaires privés sous contrat peuvent y participer.

 

Pour les élèves, les mobilités peuvent prendre plusieurs formes : séjours de groupe, mobilités individuelles, périodes d’étude ou stages dans un établissement partenaire. Des activités à distance peuvent également compléter les rencontres physiques.

Une mobilité doit rester un projet d’apprentissage, et pas simplement un voyage. Avant le départ, il est utile de préciser avec les élèves ce qu’ils vont découvrir, ce qu’ils devront observer, ce qu’ils auront à produire et comment ils restitueront leur expérience.

7. Comment entrer dans Erasmus+ ?

Commencer avec un projet de mobilité de courte durée

C’est souvent la solution la plus adaptée lorsqu’un établissement découvre Erasmus+. Elle permet de monter un premier projet pour les élèves et/ou les personnels et d’acquérir progressivement l’expérience nécessaire.

Demander l’accréditation Erasmus+

Lorsque l’établissement souhaite organiser des mobilités de manière régulière et dispose d’une stratégie internationale plus construite, il peut demander l’accréditation Erasmus+. Celle-ci s’inscrit dans une logique de plusieurs années et facilite ensuite les demandes annuelles de financement.

Agence Erasmus+ France : agence.erasmusplus.fr

MonProjetErasmus+ : monprojet.erasmusplus.fr

Appels à propositions et calendriers : consulter la campagne en cours

8. Erasmus+ : ne pas oublier la mobilité des adultes

Erasmus+ ne concerne pas seulement les élèves. Les enseignants, personnels administratifs, personnels de direction et autres personnels des établissements scolaires peuvent également partir en mobilité.

  • observer le fonctionnement d’un établissement étranger ;
  • travailler sur l’inclusion ;
  • découvrir une autre organisation de la vie scolaire ;
  • observer des pratiques pédagogiques innovantes ;
  • travailler sur le numérique.
  • rencontrer une équipe avant d’engager un échange d’élèves ;
  • préparer un futur partenariat ;
  • améliorer ses compétences linguistiques ;
  • réfléchir au pilotage d’une politique internationale.

Cette mobilité professionnelle prend tout son sens lorsqu’elle est pensée au service de l’établissement. Une personne qui revient d’une mobilité peut présenter ce qu’elle a observé, proposer une expérimentation ou accompagner d’autres collègues.

La mobilité des adultes peut aussi préparer celle des jeunes. Avant d’envoyer une classe dans un établissement que l’on connaît peu, il peut être très utile qu’un ou deux adultes s’y rendent pour rencontrer la direction et les équipes, vérifier les conditions d’accueil et préparer les objectifs pédagogiques.

9. L’OIEC : un réseau mondial à la disposition des établissements

L’Office International de l’Enseignement Catholique – OIEC – permet de relier les réseaux d’enseignement catholique dans de nombreux pays. Pour un chef d’établissement, l’intérêt peut être très concret : rechercher des partenaires, rejoindre un projet existant, mettre des équipes en relation ou donner une dimension mondiale à une action déjà engagée.

OIEC : oiecinternational.com/fr

10. Planet Fraternity et Little Planet Fraternity

Planet Fraternity et Little Planet Fraternity, portés par l’OIEC, mettent en relation des classes de différents pays autour de problématiques communes. Pour un établissement qui débute, le dispositif présente un avantage évident : il est possible de faire vivre une expérience internationale avant même d’organiser un déplacement.

Les élèves peuvent échanger, travailler ensemble, découvrir leur quotidien respectif puis, éventuellement, faire naître un partenariat plus durable.

Informations et modalités de participation : Planet Fraternity – OIEC

11. Faire de nos jeunes les acteurs du projet

Une politique
internationale réussie ne doit pas être construite uniquement par les adultes.
Les jeunes peuvent y prendre une vraie place.

  • participer au choix des projets ;
  • préparer l’accueil d’une délégation étrangère ;
  • présenter leur établissement aux partenaires ;
  • devenir ambassadeurs Erasmus+ ;
  • accompagner les élèves accueillis ;
  • témoigner après leur mobilité ;
  • présenter leur expérience aux familles ;
  • réaliser une exposition ou une vidéo ;
  • participer aux portes ouvertes ;
  • proposer de nouveaux projets ;
  • accompagner les élèves qui partiront l’année suivante.

Ce sont souvent leurs témoignages qui donnent envie aux autres jeunes de tenter à leur tour l’expérience.

12. Donner à voir ce qui se fait

L’ouverture internationale mérite d’être visible. Non pour faire de la communication pour elle-même, mais parce qu’un projet partagé devient progressivement un élément de la culture de l’établissement.

  • installer la plaque du Label dans un lieu visible ;
  • créer une rubrique « International » sur le site de l’établissement ;
  • publier les départs et les retours de mobilité ;
  • donner la parole aux élèves ;
  • valoriser également les mobilités des personnels ;
  • afficher une carte des établissements partenaires ;
  • organiser une journée ou une semaine internationale ;
  • participer aux Erasmus Days ;
  • présenter les projets lors des portes ouvertes ;
  • associer les familles et l’APEL.

13. Une progression possible sur trois ans

Première année

Faire l’état des lieux, identifier une équipe, entrer éventuellement dans le niveau 1 du Label, créer un premier projet à distance ou rechercher un partenaire.

Deuxième année

Développer un projet Planet Fraternity, accueillir un partenaire, organiser une première mobilité Erasmus+ d’élèves ou d’adultes.

Troisième année

Consolider les partenariats, élargir le nombre de jeunes concernés, envisager le niveau 2 du Label et, si la dynamique est suffisamment solide, réfléchir à l’accréditation Erasmus+.

Ce calendrier n’a rien d’obligatoire. L’essentiel est d’avancer à un rythme compatible avec les moyens et l’organisation de l’établissement.

14. La check-list du chef d’établissement

  • Avons-nous identifié les objectifs éducatifs de notre ouverture internationale ?
  • Quels jeunes voulons-nous prioritairement toucher ?
  • Qui pilote la démarche ?
  • Quels projets existent déjà ?
  • Quels partenaires avons-nous ?
  • Comment associons-nous les familles ?
  • Comment intégrons-nous les élèves disposant de moins d’opportunités ?
  • Avons-nous pensé à la mobilité des adultes ?
  • Quel budget et quels financements sont nécessaires ?
  • Voulons-nous entrer dans le Label Ouverture Internationale ?
  • Erasmus+ est-il pertinent pour notre projet ?
  • L’OIEC ou Planet Fraternity peuvent-ils nous aider à trouver un premier partenariat ?
  • Comment valoriserons-nous les expériences au retour ?
  • Comment éviter que tout repose sur une seule personne ?

15. Les liens à garder sous la main

Pour conclure

Développer l’ouverture internationale ne signifie pas forcément envoyer davantage d’élèves plus loin. Il s’agit d’abord de leur donner davantage d’occasions de rencontrer, comprendre, comparer, dialoguer et agir.

Un premier échange en visioconférence avec une classe étrangère peut être aussi important qu’un voyage. Une mobilité de quelques jours peut modifier le regard d’un jeune sur ses capacités. Une période d’observation Erasmus+ peut donner à un enseignant ou à un chef d’établissement une idée qui fera évoluer une pratique. Un partenariat commencé modestement peut durer de nombreuses années.

Pour le chef d’établissement, l’objectif est donc moins d’accumuler les dispositifs que de créer progressivement les conditions permettant au plus grand nombre de jeunes de vivre cette ouverture. Le Label Ouverture Internationale, Erasmus+, l’OIEC et Planet Fraternity sont des outils. Le projet reste celui de l’établissement, et les premiers bénéficiaires doivent rester nos jeunes.

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